L’homme en jaune
Ce qui aurait pu tourner au cauchemar s’est transformé en une histoire que je n’oublierai jamais.
Un homme sans nom, vêtu simplement d’un ciré éclatant, est apparu dans la tempête, a pris mes enfants dans ses bras, puis s’est éclipsé comme s’il n’avait jamais existé.

L’eau est montée d’un seul coup. Ma maison, nos rires, tout a basculé dans la boue et le noir. Je tenais mes filles serrées contre moi, persuadée que la fin approchait, quand soudain un coup sec à la fenêtre.

À travers la pluie, une lumière. Une voix ferme :
— « Donnez-les-moi ! »
Ses bras inconnus semblaient être la seule certitude au milieu du chaos.
Quand les pompiers sont arrivés, il n’était déjà plus là. Pas d’identité, pas de trace, si ce n’est quelques empreintes de bottes qui menaient à notre porte.
Les semaines ont passé, mais sa présence revenait sous d’autres formes : un sac de provisions sur le seuil, une rambarde réparée après la tempête, un petit mot laissé aux urgences quand ma cadette luttait contre la fièvre.
À l’intérieur de l’enveloppe : un insigne miniature de pompier, et trois mots griffonnés à la hâte :
« Elle ira mieux. »

Alors, qui était-il ? Un sauveteur discret ? Un voisin bienveillant ? Peu importe.
Je sais seulement qu’au bord du gouffre, quelqu’un a choisi d’aimer sans se montrer.