Depuis presque un an, elle venait chaque dimanche. Fidèlement. Toujours en noir, avec ce foulard qui lui couvrait les cheveux, et ses fidèles glaïeuls à la main. Le chemin sur le gravier semblait plus long à chaque fois, plus lourd. Mais elle continuait, semaine après semaine.

Ce jour-là pourtant, quelque chose n’allait pas.
Arrivée devant la tombe, elle s’arrêta net. Elle crut d’abord à un jeu d’ombre. Mais en s’approchant, la réalité la frappa : une large cavité béait au pied de la pierre, juste là où elle posait habituellement ses fleurs. Sombre. Désordonnée. Comme si la terre avait été retournée. Par qui ? Ou par quoi ?
Les fleurs glissèrent de ses bras. Ses jambes tremblaient. Elle tomba à genoux, sa main posée contre la pierre froide, cherchant le soutien de l’absent.
— Non… c’est impossible, murmura-t-elle. Quelqu’un aurait-il voulu… ouvrir la tombe ?
L’angoisse l’envahit, sourde et tenace. Elle pencha la tête au-dessus du trou… et fut saisie par l’horreur.
Mais soudain, elle remarqua des petites traces sur le bord. Pas humaines. Pas animales non plus. Fines, griffues… Elle se rappela un vieux livre que son mari lisait souvent à leurs petits-enfants – une histoire de galeries souterraines et de taupes farceuses.

Elle se pencha un peu plus. Le tunnel descendait en diagonale, étroit, irrégulier. Certainement pas creusé par des mains humaines.
— Des taupes… souffla-t-elle. Juste… des petites taupes.
Un rire discret lui échappa. Elle s’assit dans l’herbe, émue et soulagée. Cette peur, ce frisson – c’était juste la nature. Rien d’autre.
Elle lissa doucement la terre, replaça les fleurs tombées, remit son foulard, puis murmura :

— Tu m’aurais taquinée pendant des jours… Je t’imagine déjà éclater de rire.